Une autofiction que j'ai commencé il y a quelques mois et dont je tiens à communiquer au monde entier. Que la presse s'en empare et les éditeurs se l'arrachent. Attention âmes sensibles (à la lecture) s'abstenir...
1ère partie
On croit que tout à commencé à la fécondation, mais l’on se trompe. Si vous vous imaginer deux êtres donnant naissance à un embryon qui deviendra fœtus puis nourrisson pour enfin qu’il grandisse et devienne adulte après quelques années d’incompréhension et de remise en questions tumultueuses, c’est mal comprendre l’évolution. Chaque jour, chaque heure, chaque seconde, un nouveau né voit le jour tandis qu’un autre arrête de le voir. Le nombre varie constamment. C’est comme vouloir capturer une souris hyperactive ou attraper le Vif d’Or lors d’une partie de Quidditch, encore faut-il avoir lu Harry Potter. De nos jours, seul un petit nombre d’inconditionnels ne connaisse pas les phénomènes de société, comme les régimes minceurs, qui ne servent à rien si nous avons compris le sens de l’équilibre alimentaire allié à une activité physique régulière, ou les modes vestimentaires. Qui s’amuserait à tous les compter ? Vérifions la définition sur wikipédia : « désigne la manière de se vêtir, conformément au goût d'une époque dans une région donnée. C'est un phénomène impliquant le collectif via la société, le regard qu'elle renvoie, les codes qu'elle impose et le goût individuel. » Comment peut-on parler de goût individuel dans une société consommatrice jusqu’à la moelle ? Les valeurs disparaissent, on fuit le naturel et l’on recherche toujours plus quitte à puiser toutes les ressources de la terre. Mais dans quelques années, elle se vengera et ne pourra plus nous protéger. Quant à ce jour, quelques brèves histoires se produiront sans que quiconque s’en aperçoive. Tient, au moment où je parle, des pompiers éteignent des incendies plus ou moins volontaires, des amis crapuleux vous volent derrière votre dos vous faisant croire la meilleure des complicités, des amants se trouvent et se perdent, se rencontrent grâce à internet, à des proches les ayant fait se rencontrer, à la nature tout simplement. A ce moment même, des préservatifs sont utilisés, de l’argent est dépensé, des cris sont poussés, allez savoir pourquoi… Des lèvres se rencontrent, des mains se touchent, des salives s’échangent, des crimes sont avoués, des peines sont étouffées. On se croit au-dessus de cela, mais pas plus tard qu’hier, des tranches ont cramés à cause de ce satané grille-pain. Reprenons. Voyez comme il est facile de divaguer et partir d’un sujet dont tout le monde s’en fiche. On parlait d’évolution. C’est une fatalité. Chacun de nous évoluons dans un sens ou dans un autre. Des voisins meurent d’alcoolisme, des mères perdent leur fécondité, des secrets sont profondément gardés. Des dents se font arracher, des cœurs se séparent pour se retrouver, des solitudes sont manquées, des conversations sont échangées. Des banalités…
Croyez-vous aux esprits ? A ces entités qui apparaissent on ne sait où, on ne sait quand. Croyez-vous en la mort ? En cette peur indescriptible qui nous fait réfléchir sur notre destiné. Croyez-vous en l’hypothèse que chacun nait prédisposé à aimer le même sexe, à être attiré par le même corps, le même qui saura combler vos désirs et vos attentes, mais que l’éducation nie à tire larigot et nous pousse à croire qu’un homme est fait pour épouser une femme et lui donner trois beaux petits bébés sans se poser de questions. Fonder une famille est devenu de nos jours un objectif pour nombre d’entre nous, réussir nos études, trouver un métier épanouissant et se cultiver. Le schéma en serait presque ennuyeux, tellement il est facile à reproduire. Si l’on marche dans la rue, on peut lire sur les visages des passants leurs expressions si singulières qu’elles en deviennent communes.
« Ai-je sorti les poubelles ce matin ? », « Il me manque, cela va faire une semaine que je ne l’ai pas vu. », « Que voulez-vous que cela me fasse ! Annulez ce rendez-vous, je ne peux mettre en péril mon mariage une deuxième fois », « Où vais-je dormir cette nuit ? », « J’ai peur d’être seule de nouveau », « Elle l’aura mérité cette salope ! » Il arrive d’interférer sur des interprétations que l’on n’aurait jamais voulu connaître. Se concentrer sur nos propres pensées. Les miennes sont dénuées de sens et de vraisemblance quelques fois. « Il est impossible de ne penser à rien » dit-on sciemment, alors pourquoi est-ce que je regarde le paysage défilant sous mes yeux dans le bus avec cette amère pensée que rien ne viendra me perturber. Oui c’est certes une pensée, mais il arrive que le quotidien laisse place à un vide psychologique gargantuesque. Tellement grand, que l’effort pour se reconcentrer est immense. Il se passe même des jours de fatigues particuliers où je ne veux plus penser à la moindre contrainte, où mon cerveau se déconnecte automatiquement de la réalité et des relations sociales qui la composent. Malheureusement, ma conscience de mon inertie s’en retrouve multipliée et je sombre dans une pathétique déprime mensuelle que seul le temps et quelques cigarettes pourront surmonter. On se croit identique, mais on est tous différent. Vous, avec vos préoccupations premières d’argent, vous, pour vos soucis d’apparences, puis vous pour la reconnaissance d’autrui. On est tous un peu comme tout le monde, sans les qualités de l’autre, avec des défauts en plus. Je ne me considère qu’à peu près semblable. A peu de choses, nous serions amis, voir peut-être plus. Qui sait si nous n’avons pas un lien de parenté identique ?
Me voici plongé dans une réalité que je tente de déformer au mieux pour pouvoir l’appréhender. L’histoire qui va suivre pourrait être la vôtre, pourrait être celle de quiconque possédant une once d’imagination. Ce n’est que la mienne. Ce n’est certes pas un conte de fée, mais les contes de fées n’intéressent plus par leur faux semblant, ils nous ouvrent sur un monde cruel d’hypocrisie et d’attentes. Pour rêver, il nous reste nos yeux qui ont capturés tant de films en une journée. La pellicule cinématographique est loin d’être terminée. Nous en sommes qu’à 19 années à demi consumées. C’est un âge de découverte, d’apprentissage, d’amours partagés, d’amitiés renouvelées. Le temps est précieux et s’il est un temps soit peu maitrisé, on peut faire des merveilles et se coucher rassérénés dans les bras de celui dont nous avons longtemps rêvé. Cet être cher, que l’on aime plus que nous-mêmes, que l’on désire plus que soi et que l’on cherchait depuis que l’on s’est découvert cette attirance primitive.
Au fait, je me prénomme Antoine. C’est un nom plutôt courant. En 1950, il se place à la 66ème position des prénoms donnés devant Jean, Michel, Alain, Daniel, Gérard, Bernard, Joel, Christian, Patrick, Claude, Jacques, Gilles, Yves, André, Dominique, Yannick, Philippe, Guy ou Pierre. A l’aube du 21ème siècle, il passe à la 4ème position devant Thomas, Théo et Hugo. L’année de ma naissance, j’étais le 6ème prénom donné en Loire Atlantique. Drôle d’estimation quand on saisit l’étymologie de mon origine : « du latin antonius, "inestimable" ou du grec anthos, "la fleur". » A ce qui parait, de très nombreux saints ont porté ce prénom. Deux saints patrons, un ermite du IIIe siècle, saint Antoine le Grand, fondateur des premiers monastères chrétiens et saint Antoine de Padoue, prédicateur franciscain du XIVe siècle d’où ma fête le 13 juin. D’après internet et certaines bases de données des prénoms, je serais sensible, secret, émotif, aimant le combat. Je devrais aimer les défis et faire preuve d'une grande endurance. Heureusement que l’on ne prédit pas l’avenir et les personnalités sur de simples interprétations des prénoms, sinon l’on serait tous devins et les mystères de la vie nous sembleraient fades et amers. Certes, c’est vrai, je suis sensible et secret, mais ce n’est pas pour autant qu’un page internet va me dévoiler au grand jour ! Et vous, quel est votre prénom ? Il doit surement dériver d’une sainteté divine, d’une puissance politique antique ou d’une origine latine profonde. Quand on est une fleur, on sent pas mal de choses. Savez-vous qu’en 1990, année de ma naissance se sont produit ces évènements terribles que tout à chacun est à même de se remémorer tristement : lors de la Coupe du Monde de football se déroulant en Italie, l'Allemagne bat l'Italie par 1 à 0 ; le réalisateur Bruce Beresford remporte l'Oscar du meilleur film pour Miss Daisy et son chauffeur ; décès à 84 ans de l'actrice d'origine suédoise Greta Garbo ; en France, Création du jeu à gratter "Banco" ; en Angleterre, des plaisantins ridiculisent des experts en traçant des cercles dans un champ de blé. Beaucoup crurent à une intervention d'extraterrestres ; le 8 août, l'Irak envahit le Koweït ; le 15 octobre, Mikhaïl Gorbatchev reçoit le prix Nobel de la paix et 3 jours après ma naissance, le 17 janvier, Charles Hernu meurt d'une crise cardiaque. Si seulement je savais seulement qui c’était, j’en serais plus que gratifiant d’avoir donné sa vie pour une autre. Grace à Google, on apprend qu’il a été ministre de la défense sous François Mitterrand. C’est dommage que la politique et moi ne soyons pas plus amis que cela. Contrairement à la musique et au cinéma.
Je suis une personnalité entêtée, susceptible de ne pouvoir tout maitriser. Je me suis toujours poser la question à l’heure de la publicité et des minikeums pourquoi je n’ai jamais su terminer un projet qui me tenait à cœur, une nouvelle rédigée en un seul chapitre, un dessin se limitant à ses simples traits, une plante arrosée que deux fois dans la semaine, des lego jamais monter jusqu’au sommet, des poupées vite lassées, et plus récemment un scénario de film se limitant à son découpage technique. Seules les kermesses et les spectacles m’ont été source d’épanouissement et d’achèvement. Je suis de ces personnes qui remettent au lendemain ce qu’ils ne termineront probablement jamais. « Procastinateur ! Voilà ce que tu es » disait mon père. Il m’a toujours fait peur avec ses expressions sorties tout droit d’on ne sait où. Je mérite tout de même un peu plus de considération?
J’évite de voir trop loin, d’une part parce que mes yeux myopes ne me le permettent pas, même avec mes lunettes. D’une autre parce que la vie se vit au présent et les maux de tête sont fréquents les lendemains de fête, alors je me concentre sur ce moment qui me fuit entre les doigts tel une poignée de sable fin, mais qui néanmoins me satisfait par sa simple définition : nom masculin, cadeau. Si le présent n’était qu’une succession de choses appréhendées puis éprouvées, Noël n’aurait jamais été aussi féerique qu’il l’eut été dans mon enfance. Evitons de nous pencher trop près du vide d’une philosophie de 2 années de lycée et d’un esprit trop étroit, il est encore trop tôt pour que vous connaissiez mon secret. Dois-je connaître les vôtres ? Il n’est jamais trop tard, même quand l’horloge digitale du four de la cuisine indique 3 heures du matin passées, que la faim s’est rassasiée ou que la surprise ait été soigneusement enlevée de son emballage. Vous ne tarderez à comprendre le pourquoi de mes tourments et la raison de mes faux semblants. Le mensonge était pour moi un moyen de me protéger jusqu’à ce que j’atteigne l’âge des vérités. Je me suis découvert d’autres carapaces toutes aussi fragiles les unes que les autres. L’ironie teintée d’une légère autodérision. La passion d’un art vite abandonné mais à tout moment retrouvée. L’écriture et la mise sur papier des mots se bousculant sur ma langue, mais qui ont longtemps refusés de franchir le seuil de mes lèvres. L’amour et l’attention que je portais à autrui avant même de m’apercevoir qu’une sensibilité, que je négligeais trop souvent, se cachait au creux de mon cœur meurtri, meurtri par les moqueries puérils des cours de récréations, meurtri par la rigoureuse éducation nous empêchant de voir plus loin qu’une féconde mixité procréatrice, meurtri par tant de regards indifférents, par tant de solitude et de soupirs désarmants. Ce cri de l’intérieur que nous sommes tous un jour ou l’autre capable d’exprimer n’apaisera en rien ce désir de reconnaissance. Cette folle ascension vers la satisfaction d’avoir bien fait, ce besoin de compliments nous glorifiant d’un acte brillamment accompli ou d’une parole promptement prononcée ne sera ressenti que lorsque le chemin de la remise en question aura été parcouru. Tout cela semble futile et complexe, mais un peu de sagesse suffira à les rendre claires et concrètes. Ces pensées que mille fois des hommes se sont taraudés à résoudre, car une pensée se doit d’être résolue, sinon la succession avec la prochaine ne sera pas pleinement ressentie. Les pensées se succèdent dans un ordre qui nous échappe, mais qui nous façonne, nous fait exister à la manière de tableaux colorés. Le mien serait constitué de nuances variées sur le jaune et ses dérivés avec une pointe de bleu sans jamais rencontrer le moindre pigment de la 1ère couleur. Les couleurs matérialisent nos pensées et éduquent nos sens. Ils fondent notre caractère et équilibre nos penchants. Bien que nous le niions, les couleurs ne cesseront de composer nos journées. Les saisons rythment cette composition. En hiver, les couleurs se confondent dans une brume blanchâtre, en automne, les teintes sont saturées, le printemps est symbole de renaissance et les couleurs pastelles indiquent le changement d’état tandis que l’été est l’apogée de la vivacité des couleurs qui s’en retrouvent plus appréciées. Les couleurs ainsi que les odeurs alimentent nos fantasmes et ravivent le souvenir chaleureux d’un feu de bois, ou blessant d’une personne distante. Voilà « pourquoi le rhume est la pire des maladies », selon le jugement hâtif d’un enfant de 12 ans qui n’a jamais connu la douleur que par des sentiments contradictoires. On est conscient du mal sans pour autant le vaincre. Comme pour autant de malaises affectifs ou émotionnels. Si je pouvais tous les résumer en un trac répétitif avant de monter sur scène, je serais le plus angoissé des comédiens amateurs et mon jeu s’en retrouverait aussitôt modifié. Mais comme je l’ai précisé au début de ce long récit, on ne peut contenir que l’essentiel, les mots, les chiffres sont insaisissables. J’aurais beau tenter de résumer le plus simple d’une quelconque vie, en l’occurrence, la mienne. Je ne pourrais jamais que faire le bref contour d’une esquisse subjective. La caméra commence là où s’arrête le story board.
2ème partie
Les paysages défilent, les passants n’osent à peine se regarder dans les yeux de peur d’être démasquer d’une trop grande curiosité, d’autres n’ont rien à se reprocher. Ces milles pensées traversant à la seconde le mur des perceptions se croisent sans presque jamais se rencontrer. Je dis presque, car il arrive que deux chemins se croisent. Le mien en a croisé plus d’un, plus d’une centaine même avec cette conscience d’avoir été au centre de leur préoccupation une seconde fusse-t-elle. En parlant à la 1ère personne, vous savez aussitôt qu’il s’agit de moi, mais je continue à le croire, ce pourrait être vous, ne l’oubliez pas.
Il existe de multiples façons de s’y prendre : commencer par le début, reprendre là où l’histoire s’est arrêtée ou même réécrire un chapitre, mais il importe peu de s’y concentrer trop longtemps. La conscience du présent faussera les premières ébauches d’écriture et la lecture s’en retrouvera inchangée. Si l’on s’arrête sur les 3 dernières années, le présent s’empressera de vouloir y mettre son grain de sel ou sa touche de couleur. Le but n’est pas de retourner en arrière, voyager dans le passé. Quoique le modifier en serait extrêmement plaisant ! Qui n’a jamais rêver de revenir sur ces personnes qui nous mis des barres dans les roues, de reprendre le dessus les jours de pluie et de forte accalmie ? Ou mieux encore, revivre les meilleurs moments de notre vie : la kermesse de fin d’année, Noël enchanté, les parties de balle au camp à la récré, le jumelage avec l’Allemagne, les bains du dimanche soir avant le repas précédé des cartoons, les batailles d’eau, les barbecues le week-end, la satisfaction de rapporter une bonne note à ses parents, l’ivresse en soirée lorsqu’elle n’est pas suivit de vomissement, les expériences du dimanche avec ma meilleure amie, l’euphorie des planches et des projecteurs…
On ne peut que se remémorer. Dans la réalité. Pas dans le roman. Les voyages dans le temps sont aussi faciles que de bien tartiner de beurre une tartine de brioche grillée ou allumer un feu un soir d’hiver particulièrement froid. C’est possible. Il suffit de laisser place à l’imagination. Sa puissance créatrice est ravageuse, mais sans limite. Je parlais de 3 années, le chiffre importe peu, mais le contenu beaucoup moins.
Toc toc toc
Mon mutisme lui fait comprendre qu’elle peut ouvrir la porte. Ma concentration sur les images à l’écran n’est pas perturbée par l’arrivée inopinée de ma mère au regard hagard.
_ Je te ferais comprendre que la table est mise, sans ton aide, et que le repas est prêt.
J’acquiesce d’une moue inaudible. Il m’est facile de sentir son impatience au bruit de sa longue inspiration insistante. Je perçois quelques agacements retenus, mais mon attention se concentre sur Shirley McLaine, Edmund Gwenn, John Forsythe autour du cadavre qu’ils s’évertuent de vouloir enterrer. La porte se referme et j’entends les pas lourds dans l’escalier. J’arrête le film à un moment précis et me glisse à l’extérieur de mon lit d’une lenteur de St Bernard pour chausser mes pantoufles. Le soleil projette en ombres chinoises sur le mur de bois du couloir le feuillage des arbres vacillants au vent. On se croirait en été. Je m’assois à ma place, la serviette sur mes genoux, le regard dans l’assiette creuse vide. Les râlements de mon père étouffent les complaintes de ma mère à la cuisine. Après on se plaint que l’ambiance du repas dominical en famille est aussi monotone qu’un enterrement. Harry, malgré qu’il soit mort est bien plus drôle. Soupe. Mon père augmente le son du téléviseur tandis que j’enfourne rapidement ma première cuillerée. Le stress d’une veille de reprise des cours est toujours déprimant. Quand Laura venait le week-end, je me couchais rasséréné de ma journée riche en émotion, mais depuis qu’on est entré au lycée, il faut admettre que l’on se voit nettement moins. Machecoul aurait été mon choix final pour l’option théâtre au bac si la campagne environnante n’était pas omniprésente. Je me demande toujours ce qu’aurait été ma vie de lycéen si je côtoyais quotidiennement Laura, Fabien et Adeline, mon ex. Sans compter tous les autres camarades du collège que je n’avais pas spécialement envie de revoir, exceptées certaines personnes. Quelle fatalité ! Que voulez-vous, le temps et la distance augmentent considérablement le fossé de la vie. Les paysages défilent à une vitesse plus ou moins constante.
Je ferme les yeux sur cette journée en pensant au réveil pénible du lendemain. Je devine le retard et l’empressement des premières heures de transport. Si l’on regarde bien, le voyage qu’accompli un lycéen habitant à plus d’une vingtaine de kilomètre de son bahut est semblable au trajet d’un comprimé de paracétamol tout du long de l’appareil digestif. La société est ainsi faite, construite sur des valeurs immuables, telles que la famille et les études. N’allons pas nous en plaindre. Nous n’en serions pas là, à nous tarauder l’esprit sur la suite de nos études ou la complexité d’une famille recomposée. Ces valeurs ont su alimenter le cours d’eau de nos vies bien tranquilles. Trop tranquilles. Je regretterais toujours la voie que j’ai empruntée tout au long de ma croissance. Sans complication. Sans teufs le week-end. Sans ébats amoureux réguliers. Sans point de fuite autre que Dawson. Cette série aura réussi à me faire rêver. Cet étang au reflet chaleureux d’un crépuscule américain. La passion qu’anime chacun des personnages me poussent à croire que la réalité n’est pas aussi plate que je me le suis toujours répéter. Puis je me trouve tellement de points communs avec le personnage principal que ma vie empruntera forcément quelques mêmes sentiers de gloire et de remise en question.
Je ferme les yeux avec cette impression de lourdeur que pourrait nous procurer un repas de fête arrosé, mais sans avoir pour autant mangé à n’en plus fermer mon pantalon. Je dois supporter l’indigestion d’une vie teintée de rancœur et de frustration. Quelques larmes s’échappent du coin de mes yeux. Je pourrais tout changer si ma timidité et le confort d’une vie subit n’anéantissait pas toute chance d’échappatoire. Pour me distraire de cette pensée négative, mais oppressante je me rappelle si mes affaires ont été correctement rangées dans mon sac. J’ai pris mon agenda, mais l’ai-je remis ? Les pensées fusent au moment où elles doivent s’apaiser. Déjà au lycée ! Je me revois encore appréhendant l’avenir. Après la Terminal, le bac. Je sais déjà dans quelle série je veux me lancer. Littéraire pour la linguistique. Je serais écrivain. Paradoxe quand on sait que la lecture n’est pas un de mes passe temps favoris. Je ferme les yeux sur ces éternels ressentiments d’adolescent mal dans sa peau pour tenter d’effacer la nervosité qui glace d’effroi et m’endors à la fois.. Je ne suis qu’une poussière dans un océan de vide intergalactique
You give me something, makes me scare all right. J’écarquille faiblement les paupières. Ma chambre est baignée d’un rayon lumineux aveuglant que le rideau n’a pas pu intercepter. Je les referme en écoutant la fin de la chanson. La musique a toujours été de tout temps à tout moment source de béatitude et de complaisance. Je me demande pourquoi ce ne pourrait être un chapitre de philo au programme du bac. Peu importe je l’ai et ce depuis plus de deux mois. Ainsi que mon permis de conduire ! Les vacances ont été magnifiques, avec cette même rengaine qui rythme ma solitude, mais magnifique. Je me suis promis que je retournerais à Alméria chez mon oncle et ma tante en Espagne, mais pour cela il faut que mon niveau s’améliore. C’est décidé, je continu l’espagnol en LV2 facultative à l’université. C’est incroyable avec quelle rapidité il m’est possible de passer d’un sujet de réflexion à un autre le matin au réveil. Le soleil y est surement pour quelque chose, d’ailleurs qu’est-ce que je donnerais pour voyager dans l’espace. Je le reconnais, mes pensées ne sont pas toujours cohérentes.
Après le petit déjeuner, l’habituel samedi matin devant la télé et les séries américaines est devenu la mise en coffre de la voiture de mon père de tous mes effets personnels. C’est aujourd’hui le jour où je quitte la campagne colombanaise pour me faire rennais. Les quelques clichés que j’ai pu me faire de cette ville lors des visites d’appartements seront concrétisés par le début d’études universitaire. La joie d’un nouveau départ m’enivre d’un sentiment inconnu d’appréhension et d’impatience. Il m’a fallu une après-midi entière pour choisir quels bibelots feraient à jamais parti du décor de ma chambre et lesquels m’accompagneront pour cette nouvelle année. Je ne peux m’empêcher de me rassurer en visualisant Pauline et Jeanne avec moi à Rennes autour d’un bon cidre frais. Grâce à elles, ma solitude se comble et le vide d’une nouvelle vie est plus rassurant. Après plusieurs heures de sérénades maternelles, nous nous décidons de prendre la route et d’entamer cette journée aussi victorieusement que Napoléon se dirigeant sur son cheval vers la conquête d’un nouveau territoire.
La rencontre avec le propriétaire est cordiale et emprunte d’un semblant de courtoisie. Garde ton calme Benoit, ils ont l’air tout à fait convenables. Mon père se montre comme à son habitude impassible et domine la conversation de ses remarques savantes et comiques qui impressionnent tous excepté moi. Il a cette fâcheuse manière d’entrecroiser ses mains et de prendre un air bienveillant dés qu’il s’agit de faire bonne impression ou de contrôler une situation. Pourquoi lui en vouloir, il est chef d’entreprise. Ma mère répète chaque fin de phrase de mon père. Elle aussi a cette façon habituelle de vouloir toujours paraitre sûre de soi, mais elle manque cruellement de répartie. Je me regrette cet héritage. Le propriétaire cache facilement son anxiété, mais je vois tout de suite qu’il a été du genre à subir toutes les moqueries que subissent les enfants qui ont un nom pas facile à porter ou qui ont un physique atypique, ou les enfants qui ne peuvent assumer leur différence seul, car le cadre dans lequel ils ont grandi est inapproprié et trop conforme à un mode de vie américanisé. Je vois encore l’image d’épinale du mari bien habillé et de sa femme brushinguée entourés de leurs 2 enfants souriants au petit déjeuner. Ils aspirent tous à ce train quotidien qui a fait rêver des familles entières dans les années 50, mais qui aujourd’hui nous répugne et nous angoisse. M. Gençave joue la carte du propriétaire enjoué, mais la perle de sueur en suspension à sa tempe droite le trahit d’entrée de jeu. L’appartement semble parfait, une cuisine carrelée spacieuse et lumineuse, un salon, une salle de bain digne d’un hôtel*** avec les tiroirs blancs et les poignets dorées. Les tiroirs referment sûrement des serviettes fraichement lavées avec les initiales de mon prénom. Je prends la chambre avec la seule penderie. Elle est tristement vide, mais j’y remédierais rapidement. Le sol est un parquet qui craque façon appartement branché parisien. Je ne peux cacher ce sourire qui envahit mon visage et qui de surcroit traduit mon excitation. Je ne peux me lasser de contempler cette cuisine qui referme une sorte de buanderie avec un deuxième frigo et un lave-linge. Mon regard atteint l’extérieur de la fenêtre quand j’aperçois une silhouette enfantine teintée de noir de l’autre côté de la rue. L’enfant est immobile et me fixe. Ses yeux cernés de poussière me glace le sang. [Vous croyez mourir mais ce n’est que le début]
_Antoine ? Tu peux venir ? On va signer les papiers
A peine ai-je détourné la tête que l’enfant a disparu. Une mère pousse une poussette bleue marine. Un homme revient chez lui déposer ses courses. Deux enfants le cartable sur l’épaule s’échangent un regard complice. La frayeur de l’instant s’atténue pour laisser place à la prise de conscience de la réalité. Je commence les cours en octobre. Les collégiens n’ont pas cette chance. Je m’en amuse soudainement.
Partie 3
7h15. Le réveil de mon portable sonne. Je n'ai que cela pour réveiller, excepté le craquellement du parquet provoqué par les pas lourds de mes colocataires traversant le couloir. J'ai oublié de fermer les volets la veille et la lumière matinale passant par la fenêtre baigne la chambre d'une nuée grisâtre. Je suis plutôt fier de l'agencement des meubles et de la décoration. La bibliothèque achetée à IKEA au pied du lit s'élève fièrement. Quelques CD reposent sur l'étage du milieu, ma collection de verres coca cola sur celle du dessous et un jeu de carte tout en bas. J'ai collé une trentaine de photo de mes plus proches amis au-dessus de mon oreiller. On y retrouve Laura, Fabien, Mélissa au bord de la mer lors de notre excursion en Vendée; l'autre Fabien à mon 18 ans, bras dessus bras dessous buvant une coupe de cidre (changer de prénom serait trahir ce pour quoi j'écris); les trois plus belles créatures que je puisse connaître, Laura, Marina, Mélissa, tirant la langue à l'objectif, Pauline juste en retrait se cachant derrière les doigts de Yoann, son copain; Ingrid et moi au bal de fin d'année; Marie dans une grande robe bleu satinée chaussée de bottes noires, cette image me fait toujours sourire, avec Wladimir lui baisant la joue; Marion riant aux éclats; Mathieu, Simon et moi en costard; la photo de la classe entière de terminale termine l'assemblage près de la fenêtre. Quelques vêtements jonchant le sol sur le tapis rond vert. Des posters de films d'horreur achetés sur ebay ou découpés dans des programmes de cinéville ainsi que des cartonnettes de films d'Hitchcock cache l'immonde papier peint vert pastel. Une immense affiche de Fenêtre sur cour se détache du reste. Une autre des Simpson surplombe mon bureau déjà en désordre. Des bouteilles d'alcool au mur se figent à l'entrée en face de mes quelques vestes accrochées à la porte. Je croise ma colocataire dans le couloir qui répond à mon bonjour enjoué d'un timide salut. Je me prépare un bol de céréales. La lumière de la cuisine m'irrite encore les yeux et le bruit des pas heurtant le parquet résonne dans mes tympans tel un marteau piqueur creusant un sol de granit. La porte se ferme et une silhouette vient de franchir l'entrebâillement de la porte de la cuisine. Pas même un mot, un bonjour.
Je franchis la porte jaune de l'amphithéâtre. Une assemblée d'étudiant se tient devant mes yeux ébahis. La cohue sonore est agréable comme si je mettais un pas dans cet univers qui m'impressionnais il y a encore plusieurs années ou pas plus tard que quelques mois. Je revois ma soeur dans sa chambre quand j'étais au collège et le souvenirs des croquis de ses amis des cours de droit. Cette image m'attendris. C'est à mon tour de goûter aux plaisirs d'une vie étudiante. Les fauteuils en bois rabattables sont tous occupés. Une voix retentit. C'est celle d'Abigaelle, la directrice du cycle d'Arts du Spectacle:
_Venez prendre une feuille blanche et jaune. Remplissez l'entête de votre numéro étudiant. Si vous choisissez une langue facultative, veuillez l'inscrire sur la feuille jaune. Puis présentez vous devant l'un des trois professeur.
Je m'avance en descendant les marches. Je tente un regard jovial à la directrice, mais elle est trop affairée à s'occuper des premiers étudiants hâtifs qui ont déjà rempli leur dossier. Après m'être muni des deux couleurs, je cherche une place assise de libre. Le manque de place ont contraints les derniers à s'assoir par terre au premier rang. La cohorte devant moi m'intimide à présent comme si tous les regards se tournaient vers moi et me pointaient de leurs doigts accusateurs. « Que fais-je ici? », « De toute façon quoi que je fasse mes parents trouveront que j'ai tord », « 2090...03cent... rrrr » Mais je m'aperçois que personne ne fait attention à ma présence. Ce qui n'a pas pour effet de me décontenancer, bien au contraire. Il flotte un air allègre, presque de fête, une musique de rue un 14 juin dans le vieux Paris, sortez les accordéons et les trompettes.
Peut importe le ridicule que j'exhale, la seule sensation de me sentir intégré dans cette atmosphère d'indépendance me gonfle de confiance. Je me décide à m'accroupir pour compléter mon dossier. Mon numéro étudiant, je le connais par coeur, depuis le premier jour où j'ai pénétré dans les locaux et assisté au tout premier cours de méthodologie informatique avec d'autres étudiants que je ne connaissais pas. Ma partenaire était étudiante en psychologie et possédait un charme à faire tomber par terre. Des yeux perçants et une spontanéité déconcertante, un charisme troublant pour une personnalité réservée comme la mienne. Mes camarades d'ordinateur étaient deux garçons... Comment les décrire sans coller d'étiquettes? Ils portaient un sweat blanc de marque sportive. Tout deux se la jouant beaux gosses, mais d'une sympathie peu commune. Je perd mon temps à m'amuser de souvenirs alors que la salle se vide petit à petit. Je coupe le fils de mes pensées cinématographiques et m'aperçois que je n'ai remplis que l'entête de la feuille blanche. Je termine et me lève parmi les derniers à rendre mon dossier. Abigaelle me tend le registre des inscrits pour que j'y dépose ma signature. D'une moue souriante, elle me présente un stylo que je refuse poliment, car j'ai toujours le mien en ma possession. Elle semble contrariée, mais je me défend d'un sourire embarrassé. Elle remet ses cheveux derrière son oreille gauche d'un geste gracieux de la main et évite mon regard. Quand un râle d'impatience me ramène à la réalité. Elle se révèle d'une impatience courtoisement dissimulée en un regard souriant et me fait signe gentillement de signer à mon nom. « Qu'est-ce qu'il a à me regarder comme ça? », « Bon, plus que quelques minutes et à moi la pause déjeuner! Invite la à manger avec toi », « Il faut que j'appelle ma mère pour lui demander de photocopier son revenu d'imposition » Je rebouche mon crayon et remonte les marches de l'amphithéâtre, que je me destine à gravir tout au long de l'année, en remettant mon sac en bandoulière sur les épaules.
_Abigaelle, ça te dirait de casser la croûte en ma compagnie après?
Le professeur de la table d'à côté se penche discrètement. Malgré sa calvitie naissante, c'est un charmant jeune homme au teint hâlé et à la barbe rasée de près. Elle accepte d'un hochement de tête.
On pénètre à l'intérieur d'une salle surélevée en gradins, donnant sur le bâtiment E d'en face. Les étudiants prennent place au compte goutte. Je me suis assis à côté d'une séduisante jeune étudiante aux yeux gris océan. Ses cheveux sont joliment attachées en chignon. Les deux personnes se tenant devant nous sont mal à l'aise de prendre la parole devant une classe d'une trentaine de première année. Ils se présentent. L'une est en 2ème année de master de théâtre. Clothilde. Son piercing à l'arcade se détache de son visage au teint porcelaine qui fait ressortir deux magnifiques yeux bleux. L'autre est en 1ère année de doctorat de cinéma. Ro-mu-ald. Sa façon d'articuler toutes les syllabes commence déjà à m'exaspérer. Il se tient tel un enfant qui vient d'apprendre sa poésie et prêt à la réciter devant toute la classe. Après nous avoir résumer le « programme d'immersion» de l'année, on doit déjà trouver un partenaire de travail pour les 3 prochains mois. On doit pour l'évaluation du 1er semestre, rédiger une fiche de lecture dans une matière, théâtre ou cinéma et bosser un exposé dans l'autre. Après un vaste tour d'horizon cherchant un camarade, je me retourne et remarque la jeune étudiante à ma gauche hésitante. Le problème est résolue, malgré le fait que je voulais être avec un garçon. Être entouré de filles exclusivement pendant presque 3 années au lycée m'avait suffit. Après les présentations officielles, on essaie tout deux de paraître à notre aise en nous jetant des blagues pas très drôles, comme si c'était de circonstance. Je peux enfin mettre un nom sur ce physique. Julia. On sympathise comme il se doit et comme il est possible en une heure et demi, histoire de se mettre d'accord sur la fiche de lecture à faire en binôme.
Les cours ont commencé. Le mois d'octobre par conséquent également. Les allées devant la fac sont fraîches et parfumées. Le souvenirs du lycée m'envahis, bien que je tente d'y penser le moins possible. Pas facile quand, de dos, les silhouettes devant moi me rappelle une présence familière. Pas facile aussi de se sentir étranger, étranger avec comme seul rattachement Pauline et Jeanne qui sont venues écrire une nouvelle page de leurs vies dans les mêmes lieux, la même ville. On se voit presque tous les jours. Puis de moins en moins. Leur présence me rassure et me comble de joie. Seul paradoxe, comment écrire une nouvelle page avec les mêmes personnages, les mêmes fous rires et les même larmes. Ce n'est donc qu'un nouveau chapitre.
Partie 4
Le ciel rouge flamboyant se dessine au fur et à mesure que mes pas heurtent le bitume de la route communale qui me ramène chez moi. J'arrive enfin à parcourir ces 5 km que je m'étais donné l'année dernière. Je gagne en endurance, mais je suis toujours aussi faible en persévérance. Pourquoi tout ce que je touche se transforme en poussière? Mon scénario n'avance pas comme je l'aurais voulu. Il me manque encore un vide à combler. Mon coeur s'est certes retrouvé en mille morceaux lorsque Charlotte m'a annoncé la triste et fatale décision qui fait que je suis seul en ce moment-même. Elle à Nantes et moi à Rennes. Il faudra bien pourtant que l'on s'explique. Je compte bien le faire demain lors de la remise des diplômes du baccalauréat. Je vais enfin retrouvé mes amis qui m'ont manqué il y a plus de 5 mois déjà.
Au volant de la clio blanche de ma mère, je retrace le même chemin que j'avais effectué le soir du bal de fin d'année. Le soir qui s'est terminé en conte de fée, mais qui maintenant a bel et bien repris des allures de roman naturaliste et mélodramatique. Je me gare dans une petite allée en face de mon ancien lycée. Je ne peux m'empêcher de m'arrêter contempler la façade du bâtiment aux couleurs de cirque ambulant et revoir tous les bons moments associés à ces murs. L'arrivée en hippie des élèves de terminales ES. Les fous rires avec Ingrid avec son jouet qui faisait des bulles. Celui que j'ai acheté est toujours perdu dans le tram à moins qu'une âme consciente l'a récupéré. Les conversations avec Emilie sur son scooter bleu, Brice arrivant travesti coiffé d'une magnifique perruque rose fushia, Julie et Charlène me faisant mon atéba sous un soleil de plomb, nos arrivés matinales avec Fabien, le tournage du film de Paul et des ses amis geek, les bombes à eaux que les anciens élèves de terminales se réjouissaient de nous balancer leur dernier jour de cours... Me voilà ancien élève revenant récupéré ce pour quoi il a passé 3 années à travailler. Les sourire d'Ingrid et Jeanne et les gestes de bienvenu de Morgane, Quentine et Pauline m'invite à entrer pour la dernière fois dans ce lycée.
La plupart des professeurs et des élèves sont réuni autour d'un buffet froid et de quelques verres de cocktails sans alcools. J'aperçois Charlotte, aux côtés d'Agnès et Julie, qui détourne aussitôt son regard. Je me sens oppressé par ces questionnement faussement curieux des professeurs. Ma réponse est toujours la même, d'un air réjoui et comblé je répond que je commence une licence d'Art du spectacle. Les remarques sont toujours les même, d'un air satisfait et empressé ils me répondent qu'ils sont content pour moi et espère le meilleur. C'est toujours agréable, mais lassant à la longue.
Agnès m'arrête et m'embrasse. Les retrouvailles sont chaleureuses, mais les TL s'amusent dehors. Je les vois rire à travers la fenêtre du self. C'est incroyable comme ils me manquent et me manqueront. Je ne tarde pas à les accompagner pour profiter d'un dernier moment et d'une dernière soirée en leur compagnie. Les rues de Nantes sont froides et tristes, mais ces personnes exceptionnels réchauffent mon coeur et Jeanne me décroche un sourire qu'elle seule et Ingrid en sont capable. Marie me remonte le moral en partageant ce secret qui nous lie. Elle me parle d'un site de rencontre qu'elle connait par sa meilleure amie et nous nous séparons le temps de quelques semaines, car je compte bien les retrouver sur rennes dans les mois à venir.
Je n'ai pas eu le courage d'affronter Charlotte de toute la soirée. Elle non plus d'ailleurs. Je me complais à penser que sa timidité maladive ne me manquera pas plus que mes peluches dont je n'ai pas le privilège de voir tous les jours.
Halloween approche et le débat sur une semaine de vacances alimente toutes les conversations. Il faut rappeler que ici, à la fac, nous sommes aussi bien informés qu'à la météo. En parlant de climat, les températures avoisinent les 7°C. Si vous comptez dépasser les 10, allez en Loire-Atlantique. Il y fera surement plus agréable. Je ne vous garantis rien. Je n'y vis plus que certains week-end. Le temps de me ressourcer ou au contraire de me plonger dans une enfance incarcérale et bienveillante, plus malsainte que ressourçante. Le cocon familial m'étreint, mais ce n'est pas d'une prétention amicale. La chaleur parentale au lieu de me faire pousser des ailes, m'a contraint à l'adolescence forcée. Adolescence muette. Rébellion indicible. Je ne me suis découvert une sensibilité inhumaine, déchirante et passionnée. Intensément négative. Je ne me reflétais que dans l'incommensurable naïveté d'une mère surprotectrice et à travers l'autorité désuette d'un père trop aimant. Comment se construire une force de caractère, une culture omnisciente lorsque nous grandissons sous les étoiles de Caliméro et Mickey, en beaucoup moins niais. Je me rassure moi-même. Je rentre aussi souvent que possible afin de retrouver cet univers merveilleux, mais moins magique que Disney land.
Je décide d'aller faire un tour sur ce site de rencontre que Marie me parle tant. Je concentre mes recherches sur rennes et je fais la connaissance d'un certain Nicolas. On fait bien connaissance et restons connectés sur msn jusqu'à tard dans la nuit. Il me propose un rendez-vous dimanche prochain chez lui, dans sa cité universitaire. J'accepte avec enthousiasme et me rend avec anxiété à l'horaire indiquée. Je me retrouve pour la 1ère fois sur le campus de Beaulieu en pleine nuit. Il pleut légèrement. Ce qui n'a rien pour me décourager. La seule pensée raisonnable qui me vient à l'esprit, je la fuis et me concentre à connaître mon hôte qui me dévisage de la tête au pied d'un sourire satisfait. Je m'efforce à lui rendre le même, nerveusement. Il m'invite à découvrir sa bibliothèque musicale. Il glisse ses bras par dessus mes épaules tendrement pour avoir accès à son ordinateur portable. Il me regarde avec une envie non dissimulée. Je n'entend plus cette voix sèche, mais tellement consciente qui me demande ce que je fais là. Il me tire sur son lit et je me laisse traîner nonchalamment. S'en suit un enchaînement logique de caresses et de bisous. Une heure est déjà passée. Je suis à présent nu dans un lit qui n'est même pas le mien aux côtés d'un garçon que je ne connais pas. Le seul besoin de découvrir cette terre inconnue étouffe toute conscience pragmatique. Je continu de lui rappeler que je dois me coucher si je veux prendre le premier bus le lendemain, mais voilà déjà le soleil qui pointe à l'Est. Nous n'avons pas dormi de la nuit. Je ramasse mes affaires tandis que lui fait son sac en 4ème vitesse, il a cours. Il m'accompagne au bus en ne lâchant plus ma main. Le bus arrivant, il retrouve une amie de classe. Je monte et prend place. Il s'installe à côté et ne cesse de me répéter à l'oreille qu'il a passé une incroyable nuit. Je lui retourne le compliment automatiquement. Il descend à son école et me lance un regard complice attendrissant. Est-ce le fait de porter les mêmes vêtements mouillés ou son odeur me suivant et son attitude ouvertement efféminée qui me gène et me donne l'impression d'être sale? Les regards des gens curieux en face se collent à ma peau tels des balles de peintures sans l'attrait d'une bataille de paintball. Je les essuie d'un revers de main et m'amuse de ce nouveau comportement.
Le lendemain soir, Ingrid, Marie, Morgane et Anaïs nous font la surprise à Pauline, Jeanne et moi d'une visite éphémère. J'invite Nicolas sans perspective à l'esprit préexistente. Ingrid est venu à Rennes pour tenir le pari qu'elle a juré avec Anaïs. Un pari assez stupide, mais très amusant. Coucher avant ses 20 ans. Certes, c'est complètement ridicule et immature, mais c'est amusant. Elle trépigne toute la soirée en faisant savoir que tout va bien, alors que je commence à la connaître et ce trépignement enfantin est tout sauf synonyme de quiétude. Nicolas et moi restons chacun de notre côté sans nous regarder, sans nous approcher, mais il est comme il est, c'est-à-dire comme un gay efféminé qui fait semblant d'être hétéro et c'est loin d'être discret. Je communique avec Ingrid par sms interposés. J'essaie de la rassurer en lui expliquant implicitement qu'elle n'est probablement pas la seule à coucher pour la première fois ce soir. Elle devine tout de suite. Elle n'est pas la seule, j'entends les voix des autres qui commencent à me soupçonner. Si seulement elles formulaient les questions autrement. On s'apprêtent à allumer la chicha quand je m'aperçois que j'ai oublié le tuyau principal pendu derrière la porte de ma chambre. Je m'empresse de le récupérer. Nicolas décide de me suivre. Sa présence m'est de plus en plus insupportable, mais je le cache vertueusement. Chacun de ses baisers me laissent un goût amer d'insatisfaction. Ses gestes à mon égard me collent telle une sangsue. On a à peine décidé de se baigner les pieds dans les vagues remuantes une belle journée dégagée à la plage que le malheur s'empresse de nous rappeler l'erreur en nous collant cet animal visqueux sur la cheville. C'était certes pas la bonne plage. Il fallait attendre une autre journée. Mais les vacances sont courtes alors on en profite comme on peut. Je reçois un message d'Ingrid me disant que le secret est révélé, qu'elles savent toutes pour moi et Nicolas, ou plutôt pour moi. Je m'indigne lascivement et rejette la faute sur Nicolas. Nous venons juste de rentré chez Pauline que les voix se taisent ou plutôt qu'elles se remettent à s'interroger. Je ne tiens pas plus longtemps, ne supportant ces voix curieuses et incessantes, je me jette à l'eau et explique la vérité. Nicolas se tenant derrière moi, je n'ai d'autre choix que de le présenter, mais c'est moi que je devrais présenter, la partie que je retenais cachée depuis tant d'année. Les voix s'arrêtent et sortent publiquement.
_« Je m'en doutais ma blonde! » me crie Morgane
_« Je suis contente pour toi » s'écrit Anaïs
_« Hiiiiiiiiiii » C'est Ingrid qui me saute dans les bras,
J'ai tout de même réussi à changer les idées d'Ingrid le temps d'une révélation. Pauline n'en revient pas. Elle ne s'en doutait pas le moins du monde. Jeanne de même. Elles félicitent et me souhaite d'être heureux. Si seulement ce pouvait être le cas. Je retourne dans la cuisine préparer la chicha. Nicolas cherche à comprendre pourquoi je ne le suis pas. Alors que je devrais être soulagé de sortir du placard, je suis toujours las et regrettant. Ils me prend dans ces bras me questionnant. Je le rassure de quelques mots gentil et faussement convainquant. Il s'accroche à moi et me sort ces 3 mots lourd de sens, trop fort pour pouvoir être dis dés le 2ème soir, trop puissant pour pouvoir en attendre une réponse identique. Ces trois mots censés faire plaisir sonnent le glas au creux de ma poitrine et me glacent le sang. Ces trois mots ont déclenché la fin irrévocable de ma première fois. Je suis sorti du placard et été ébloui par la lumière du soleil que je croyais moins aveuglante. Je le repousse poliment avec toujours ce même sourire feint et fini de remplir la chicha d'eau et de tabac. Les filles ne se doutent pas que les présentations ont été et seront de courte durée. La soirée commence comme elle a commencé, de fous rire en éclats, jusqu'à ce que Jeanne se prenne les pieds dans la chicha et la fasse renverser laissant quelques tâches noircies sur le parquet, irréversibles.
Nicolas cherche à reprendre contact, mais je ne suis pas d'humeur à jouer les tendres compatissants. J'éteins mon portable avant de rentrer dans l'amphithéâtre qui m'est maintenant familier. Je reconnais Julia qui m'invite à la rejoindre. Certaines têtes me sont identifiables, mais toujours inconnues. Le roux avec son camarade de méthodologie disciplinaire. La bande de copains aux couleurs reggae, les deux copines en retraits sortant des beaux arts, le plus âgé de la promo dont tout le monde se moque, le gringalet de l'immeuble de Jeanne et les beaux gosses. Toutes ces voix distinctes qui ne me dérange plus s'éteigne d'une simple effort de ma volonté jusqu'à un certain silence qui me glace d'effroi. Abigaelle nous parle, mais je ne perçois que sa bouche en mouvement. Les mines de stylo griffonnent sur les cahiers à des vitesses différentes. Je me concentre sur le crayon que tient Julia quand le noir se fait dans la salle, je sursaute légèrement. Les acteurs en noir et blancs projetés sur l'écran devant nous semblent muets eux-aussi. Je sens un frisson me parcourir les veines, un souffle court sur le bas de ma nuque. La pupille de mes yeux cherchent derrière moi d'où provient ce souffle étranger. Mon cou se tord instinctivement. L'extrait de film paraît s'éterniser. Je n'entends à présent qu'une brève respiration haletante. Je ne sais où. Je ne sais de quel côté.
La respiration se précipite. Elle cherche à fuir. Elle s'atténue brusquement. La paralysie de ma tête n'est plus qu'un vague endolorissement. Je regarde partout autour de moi relativement affolé du mieux que possible malgré l'obscurité. Tous les visages blafards ont les yeux rivés sur l'écran de projection, comme figés. Je paraît être le seul en mouvement. Le seul encore en vie parmi ces silhouettes immobiles. Je repositionne mon regard devant moi, sans attention particulière à ce qui est diffusé quand soudainement un cri aigu perce le silence. Il pénètre à l'intérieur de ma conscience telle un écho étouffé. La salle s'éclaire. Le silence oppressant se rompt par le bruit de la porte qui se ferme. Je me retourne. Les étudiants quittent la salle un à un. Abigaelle s'adresse au roux derrière son bureau. La bande de potes reggae range leurs affaires. Les deux réservées montent les marches vers la sortie. Je me remet rapidement de mes émotions et regarde ma prise de notes du cours. Page blanche. Seule l'intitulé du chapitre en rouge surplombe le cours. Julia me résume le contenu des deux heures par un Passionnant enthousiaste et me demande de commenter les propos d'Abigaelle. Je répond mécaniquement, les yeux égarés, par la positive tout en plaçant mon intercalaire et ma trousse dans mon sac. Mes gestes sont précis et automatiques. L'amphithéâtre se vide, nous les derniers. Elle m'expose élogieusement chaque point du cours par un résumé. Je ne l'écoute que d'une oreille distraite. Elle traverse la porte tandis que je me retourne et observe les sièges vides, Abigaelle ramasse ses feuilles. Malgré ma concentration, je ne perçoit aucune voix. Elle ne pense à rien. Je suis Julia, troublé. Des étudiants déambulent dans le hall du bâtiment. Plus aucune voix intérieur n'est perceptible. La seule certitude qui se répète dans ma tête est qu'une personne est en danger de mort.
Partie 5
A peine ai-je fermé la porte d'entrée que je perçois l'amas de vaisselle sale sur l'évier. La colère monte progressivement et s'atténue aussitôt que mes colocataires me font des compliments. Je m'avance en direction de ma chambre que j'ouvre à clé. Je jette mon sac sur mon lit et m'assoie en repliant ma tête sur les paumes de mes mains. On sonne déjà à la porte. Pauline est venue prendre de mes nouvelles. En un quart d'heure, je lui fait part de ce qu'il m'est arrivé dans la matinée. Elle, Laura et mon meilleur ami sont au courant de mon don et des désastreuses origines qu'il génère. Pas même mes parents à qui je confie presque tout, ne le savent pas, tout comme mon autre « secret ».
_ Et tu as une idée de qui il peut s'agir?
_ Dans l'obscurité, tu crois vraiment que j'ai pu apercevoir un visage! Encore moins un nom.
_ Non, mais c'était un cri féminin ou masculin?
_ Sans aucun doute: jeune femme entre 20 et 24 ans, de race blanche, de taille moyenne...
_ Arrête l'ironie, elle n'est pas de circonstance malheureusement.
Elle me fixa d'un air désespérément franc. Je ne pus lui rapporter d'autres informations satisfaisantes. Les seules explications que je pouvais me faire étaient encore floues. La seule certitude que je pouvais lui fournir était qu'une personne de ma promotion allait mourir si on n'agissait pas le plus rapidement possible. Elle me promit de m'aider sur cette histoire surprenante qui me trotta dans l'esprit la semaine qui suivit. Je regardais attentivement tout ceux qui étaient susceptible d'être dangereux sur tout le campus et toutes les filles qui semblaient effrayées, contrariées ou même distraites. Rien d'anormal. Tout le monde se dirigeait d'un pas nonchalant à leurs cours respectifs ou déambulaient de bâtiments en bâtiments paisibles, presque endormis. Mon enquête ne menait à nulle part, excepté l'état pittoresque des toilettes du 1er étage. Le papier peint beige taupe était recouvert de tags, expressions vulgaires et dessins pornographiques. Je parcourais désespéré le mur qui m'entourait les quelques secondes de mon entreprise lorsque je vis près du lavabo à 30 centimètres du sol, cette singulière inscription qui attira mon attention: [Vous croyez mourir, mais ce n'est que le début] Cela m'était étrangement familier, comme le slogan répétitif d'une pub agaçante ou un dicton que l'on entend qu'une seule fois dans une vie, mais qui reste gravée sans raison particulière. Je cherchais rapidement où est-ce que j'ai bien pu déjà entendre cette angoissante inscription lorsque la lumière s'éteignit soudainement. Je sursauta instinctivement et me rappela que l'interrupteur était automatique afin d'éviter toute surconsommation d'énergie. Je m'approcha de la porte pour l'ouvrir, mais elle resta fermée sous la pression de la poignée. J'entendis un sanglot étouffée derrière moi. Une petite fille était assise dans le noir sur la cuvette à essuyer de lourdes et chaudes larmes. Je me retourna terrifié en me collant à la porte sale et alluma l'interrupteur d'un geste prudemment lent. La lumière m'éblouit laissant découvrir des toilettes vides. Le chagrin enfantin avait cessé. Une fois mes esprits repris, je quitta les 3 mètres carrés sur les talons avant que la lumière s'éteignit de nouveau.
Les interruptions fantomatiques et les visions cauchemardesques avaient disparu depuis quelques semaines. Personne n'avait été tué ni agressé ces derniers temps. Du moins, d'après les nouvelles des journaux ou des JT régionaux. Les seules informations qui m'avait interpellées sur l'écriteau du tabac presse en face de la station de métro Kennedy étaient les suivantes: Une vache dans les rues de rennes et un homosexuel aux municipales. Je suivais plus attentivement que jamais les informations régionales laissant de côté mes études et les rencontres amoureuses. Tout cela sans succès. Pauline et Jeanne ont essayé de m'aider à mener l'enquête parmi les étudiants de leur cursus, mais la conversation divergeait souvent sur le physique des garçons qui prêtait à polémique. J'avais bien sûr surpris de nombreux étudiants qui me plaisais sans pour autant ne jamais tenter la moindre approche. Ma timidité maladive me rappelait sans cesse à la raison, me faisant tomber de haut la plupart du temps. Ma sensibilité à fleur de peau sonnait le gong d'un jugement personnel blâmant. Il y avait un moment pour chaque chose, la plainte et les larmes d'un côté et l'assiduité et la rigueur de l'autre. Malgré les circonstances qui ne laissaient présager rien d'anormal, je me devais d'assurer une bonne estime de moi-même. La tâche étant plus lourde que je l'avais imaginée, un seul substituant m'aidait à tenir le coup. La raison était injustifiable, mais la nicotine m'assurait à supporter la pression.
Les cours de psychologie étaient un bon remède à la morosité quotidienne. Non pas que les différents professeurs soient intéressants, leur élocution étant lente et saccadée, mais ce qu'ils enseignaient avait pour habitude d'attirer toute mon attention. Paradoxalement, je fus incapable de mémoriser la moindre des règles sur le bout des doigts. Tout au long de ma scolarité, je déclinais un effort de moins en moins persistant quant à la mémorisation et la rigueur de ce qu'on m'enseignait."
[...]
