jeudi 24 septembre 2009

can't walk anymore

Il regarda par dessus la rampe de sa fenêtre, haut de 7 étage. Les yeux baignés de larmes, un nœud à l'estomac, il se demanda pourquoi il était étranger à ce monde. Pourquoi il ne pouvait avoir sa place dans ce monde si vaste. Les personnes qu'ils avaient rencontrées ne le comprenaient plus. Il ne connaissait plus ce visage pourtant familier. Il se méprisait au point que chaque seconde, fumant seul sur ce balcon, n'était que dépit et désuétude. Il avait engrangé tellement de crainte qu'à présent les doutes résonnaient à l'unisson au fond de sa conscience sombre. Il voulu apporter tellement d'amour si bien que l'attente d'une réciprocité lui était à présent impossible. La force d'affronter ce monde, qui lui faisait comprendre que sa différence était insupportable, s'était éteint. La flamme de ses espérances oscillait sous un vent incertain. Le mégot jeté par dessus bord, il avait déjà surmonté la balustrade et s'y raccrochait tel un enfant dans les bas de sa mère. Une mère qui ne pouvait lui apporter ce courage qu'il avait tant attendu. Une mère qui avait fait nourrir toutes les faiblesses d'un homme à peine sorti de l'adolescence. Ce lien, il ne pouvait le contenir. Il était dégouté par ces préjugés sur ces personnes dont il ne pouvait qu'en faire parti. Il avait attendu l'espoir d'une vérité dont il était le seul à revendiquer. Il avait compris qu'il ne pouvait faire confiance. Les déceptions s'accumulaient. Les larmes continuaient de brouiller sa vue. Il ne savait à présent à quoi se rattacher, si ce n'était cette rambarde branlante contre lequel il était adossé. Il pleuvait les peines d'un homme meurtri, mais aucun ne prit la peine d'ouvrir son parapluie. Les doutes l'envahissaient et étouffaient cette voix qui l'empêchait encore de commettre cette acte dernier. Il se remémorait ces personnes à qui il tenait tant et pleura une dernière fois de ne plus pouvoir les aimer davantage. Il se redressa fièrement, les yeux fermés, les cheveux dansant frêlement par cette brise timide, qui lui rendait un dernier hommage, séchant ses joues luisantes. Ses seules pensées étaient consacrées à sa famille qu'il regrettait par dessus tout. Il pleura davantage en pensant à sa nièce qui dans quelques années n'allait plus se souvenir de son oncle qui l'avait tant aimé. Il se contracta de douleur. Le tableau était presque parfait. Prométhée perché au sommet du rocher, courbé par la douleur des flèches qu'on lui avait lancées. Il savait que son acte aurait des répercussions bien plus grandes qu'il ne pouvait se l'imaginer. Dans un dernier souffle, il lâcha prise et quitta le rebord de la fenêtre de sa chambre. Il était rasséréné. Il était persuadé qu'enfin une fois dans sa vie il avait fait le bon choix. Ralenti La balustrade était à présent libérée de toute emprise. La fenêtre grande ouverte. Silence...
Un bruit sourd raisonna dans la cour de l'immeuble, tel un gros sac de farine qu'on aurait lâché d'une hauteur suffisante pour qu'il s'éclate sur le pavé. Le corps inerte était à peine reconnaissable de cette hauteur. Le pied démembré, la tête ouverte, le buste écrasé...

Il avait déçu tant de personnes, qu'il en était venu à se décevoir lui-même. Il n'avait pas pesé le pour et le contre avant de se jeter dans le vide. S'il avait fait, les contres auraient remporté!